L’HOMME ET SON ENVERS
Épisode 30 TERMINAL LACRYMAL
J'ai vu ma vie changer. J'ai vu mon coeur oublier. J'ai vu tout ce que j'ai cru voir, mais je crois que j'ai oublié de me voir moi. Il m'a fallu oublier ce que je suis pour me trouver face à l'homme et son envers. Il m'a fallu lui présenter à nouveau un morceau de ce qu'il est pour qu'enfin il soit vraiment. J'ai peur d'être un peu trop fou. J'ai peur de paraître illuminé tout comme le sont ces fous d'un dieu irréel, Mormons, Jéhovah et autres scientologues dont l'absurdité brûle la moindre liberté. Avoir l'homme et son envers devant moi fut l'un des moments les plus magiques de ma vie. Sentir son âme en moi, sentir l'un et l'autre ces connections invisibles, ces toujours et ces futurs mélangés. Tout mon voyage depuis le début est centré sur cet homme et son envers. Mais jamais je n'aurais pu m'attendre à vivre ces années dans une force aussi remarquable.
C'est dans la cellule d'une prison que j'ai revu ses yeux, dans cette solitude infernale et carcérale. C'est également juste après ce deuil dont je ne pourrai jamais accepter les conséquences, dans cet amour ancestral et dans toutes ces psychoses où je venais de passer toutes ces longues années.
Oui je t'aime, et c'est en passant des années d'une galère extravagante que j'ai appris à t'aimer encore plus fort, sans le voir, sans le savoir. C'est dans mon corps, c'est dans mon coeur que j'ai fait exploser mon amour pour toi. Et aujourd'hui j'ai peur de t'avoir perdue pour toujours, j'ai peur de mon voyage en arrière. J'ai peur de te voir heureuse avec un autre. J'ai peur d'avoir tué mon amour pour toi. J'ai peur du malheur de celle que j'ai quitté. J'ai peur de ton bonheur retrouvé. Toujours ces femmes autour de moi. Deux femmes d'un amour bien plus qu'illuminé, deux femmes que j'ai abandonnées. Ni l'une ni l'autre ne connaissent mon histoire mais je sais qu'aujourd'hui je dois me mettre devant l'une et l'autre pour en accepter le jugement de ce que je suis depuis que l'homme et son envers est revenu dans ma vie.
Je t'aime, avec dans le sang cette douce vérité que, sans toi, je ne suis rien. Quand je regarde ma main ouverte devant moi, j'imagine ta peau et la beauté de ton visage. Je sens cette larme et l'émotion de tous nos drames. Je t'aime parce que la vie m'a appris à faire de nous des amants adolescents. Je t'aime avec cette déchirure de t'avoir laissée derrière moi sans rien te dire, ou si peu que tu m'as certainement oublié aujourd'hui. Alors je vais revenir vers toi et je vais souffrir car je ne serai plus rien à tes yeux. Je repartirai les mains vides de toi. J'aurais gagné une destinée magique pour en perdre un amour fantastique. Je ne suis pas prêt à accepter mon échec et le prix à en payer. Je t'aime, oh oui tu sais... je t'aime comme un homme enfant dont les yeux brillent comme avant.
Devenir, voilà bien un mot que j'aurais dû faire rebondir. Devenir, c'était le mot que mon père avait su me faire entendre. Grandir était une chose mais devenir en était une autre, bien plus magique encore. Devenir, ce sont toutes ces forces d'une vie qui se concentrent sur vous et sur votre devenir.
Elle range son petit appartement et, une fois accompli le ménage de toute une vie, elle contemple son travail et elle se sent bien, là, dans son lieu de vie. Des fleurs, des plantes, des fruits frais et tout plein de détails qui font vivre chaque pièce. Autour de l'un de ses doigts elle caresse et fait tourner une bague puis elle se met à pleurer toutes les larmes de son corps, c'est son terminal lacrymal à elle... Elle, une jeune femme que sa mère a abandonnée, tout comme ses études inachevées. Elle, serveuse dans un restaurant, fatiguée et déjà usée par la dureté de la vie. Elle, si belle dans son coeur de femme, elle sait que plus rien d'autre n'a d'importance. Et si elle doit attendre encore, et bien même si son corps a envie de se précipiter par la fenêtre, elle attendra encore et encore.
Dans ma vie de jeune homme y'a le son d'une respiration évidente et amoureuse. J'avais beau serrer fort ma tête dans mes mains je me sentais envahi par tous ces souvenirs. Je venais de perdre ce qui faisait le sens de toute ma vie, cette femme bien plus qu'un morceau de ma famille, bien plus que tout l'amour d'une vie. Une femme qui n'aura jamais fait sa vie, mais toujours celle des autres. Je l'aime bien plus que je ne m'aime aujourd'hui, malgré tout ce que j'ai accompli, malgré tout ces mots d'une absolue vérité. Je l'entends encore et je l'entendrai toujours. Bien plus qu'une source, elle est l'âme de cette aventure, elle est bien plus que l'homme et son envers, serait-elle d'ailleurs l'envers de cet homme-là ? C'est fort probable ! Ainsi un homme est vraiment un homme quand son envers féminin le quitte pour l'éternité.
Pardon de mélanger toute ces identités de femmes... mais sans elles, je ne serais rien aujourd'hui. Il y a celle qui m'a mis au monde et qui, dans son chagrin, doit m'en vouloir avec tout l'amour d'une mère pour son enfant. Pardon Maman, pardon de t'avoir laissée derrière moi. Il y a celle qui m'a rejoint dans l'infinité de mon voyage et qui me manque maintenant. Jane, une source fabuleuse dans le corps d'une femme, une origine plus vraiment mystérieuse pour moi, elle est comme le prélude d'un jour sur la fin d'une nuit et, sans son envers, rien n'aurait pu se faire. Il y a l'homme et son envers tout comme il y a eu la femme et son envers. Je suis un amoureux de ces femmes-là. Puis il a celle qui, dans mon coeur d'homme, fait naître cette envie d'aimer dont je ne connais même pas ni la saveur ni la moiteur. Cette envie d'elle, de l'aimer et de lui faire l'amour, cette envie de jouir d'elle, pour elle, avec elle, apprendre à aimer pour elle, ensemble. Dans un ensemble qui fait d'elle la marque d'un toujours. Dans cet ensemble qui fait de moi une marque puissante et indélébile pour que la vie gagne encore. Des femmes et moi, pour un retour aux sources qui aura transformé un enfant, un adolescent, en un homme si différent et finalement si « pareil » qu'avant. Pareil parce qu'il est enfin en phase avec les forces qui sont en lui. Tout cela grâce a toutes ces femmes.
L'homme et son envers, et ce groupe de femmes et d'hommes qui n'ont à la base rien en commun et qui portent en eux une clé, la même, pour cette éternité bénéfique.
Elle regarde à nouveau autour d'elle pour être sûre que tout est parfait. Ainsi tout doit être inscrit dans son intérieur, drôle de parallèle entre une imagination certainement fertile, puis ses mots d'hier. Et comment pourrait-elle oublier cette rencontre fabuleuse juste au moment où elle voulait mettre fin à sa vie. Hasard qui n'en sera jamais un, mais qui en attendant lui aura permis de ne pas commettre l'irréparable... Elle était une petite fille épanouie et admirée. Elle fut une toute jeune fille quand cet amour vint caresser son coeur. Elle devint alors une adolescente incomprise et bizarre, pour enfin devenir ce début de femme que plus personne ne veut essayer de comprendre. Jusqu'à cette rencontre qui lui laissera espérer l'impossible. Folle, oui certainement qu'elle l'est. Que serait l'amour sans un vent de folie qui vient vous fouetter le visage et le corps tout entiers ?
J'ai tant de choses à faire maintenant. Que l'homme sans son envers devienne un homme, oui je l'aiderai ! Que cette aventure se termine d'une manière positive, oui j'en serai l' acteur, même dans un jeu fou ! Et puisqu'il m’est impossible de m'oublier, il faut que je devienne moi-même, oui je deviendrai. Devenir, comme disait mon papa. Moi, Diego, j'ai grandi avec un feu dans mon corps et il n'est certainement pas venu le temps où je dois l'éteindre. Même si je pleure, cela restera mon terminal lacrymal à moi. Je pleure le décès de mon double. Même si je connais le visage de l'homme et son envers, même si j'ai peur de mon amour, même si j'ai retrouvé mon père, et même si je suis en prison aujourd'hui...